{"id":515,"date":"2024-01-18T00:18:45","date_gmt":"2024-01-18T00:18:45","guid":{"rendered":"https:\/\/logbook.al\/?page_id=515"},"modified":"2025-11-19T09:18:07","modified_gmt":"2025-11-19T09:18:07","slug":"la-philosophie-postcoloniale-dans-le-roman-terxhuman-didlir-azizaj-nivik","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/logbook.al\/?page_id=515","title":{"rendered":"La philosophie postcoloniale dans le roman Terxhuman d\u2019Idlir Azizaj Nivik"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Publi\u00e9 le 05.12.2018 &#8211; 14:05 dans Albanie Arts &amp; Litt\u00e9rature<\/strong> <strong>par Adem Ferizaj<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><em>Terxhuman \u2013 En puisant dans la pens\u00e9e postcoloniale, auparavant absente de la litt\u00e9rature albanaise, Idlir Azizaj Nivik, avec son roman Terxhuman, publi\u00e9 en 2010, a cr\u00e9\u00e9 un nouveau genre.<\/em><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L\u2019insurrection de 1997 en Albanie et la guerre de lib\u00e9ration du Kosovo sont les seuls \u00e9v\u00e9nements de l\u2019espace albanais \u00e0 avoir fait simultan\u00e9ment la une de trois grands journaux occidentaux dans les ann\u00e9es 1990, \u00e0 savoir le&nbsp;<em>New York Times<\/em>,&nbsp;<em>Le Monde<\/em>&nbsp;et le&nbsp;<em>Frankfurter Allgemeine Zeitung<\/em>. Cela n\u2019est que peu surprenant, l\u2019int\u00e9r\u00eat des journalistes occidentaux pour cette r\u00e9gion \u00e9tant intimement li\u00e9 aux politiques susceptibles de menacer la \u201cstabilit\u00e9 g\u00e9opolitique\u201d de l\u2019Europe. Et lorsque les r\u00e9dactions occidentales se d\u00e9cident \u00e0 \u00e9crire sur l\u2019espace albanais, une nouvelle figure leur devient indispensable : celle du \u201cnatif\u201d, charg\u00e9 d\u2019organiser les r\u00e9unions&nbsp; et rendez-vous, fournir les informations cruciales sur le sujet trait\u00e9 et traduire les entretiens.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La profession de ce natif est souvent appel\u00e9e \u201cfixeur\u201d en albanais. Le mot \u201cterxhuman\u201d&nbsp; est, lui, rarement utilis\u00e9. Ce dernier est cependant le titre du roman de 2010 d\u2019Idlir Azizaj Nivik, pas encore traduit en Fran\u00e7ais, et qui prend cette profession pour point de d\u00e9part afin d\u2019aborder, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019arrogance occidentale envers les Albanais et, de l\u2019autre, fournir une analyse sans pr\u00e9c\u00e9dent de la soci\u00e9t\u00e9 albanaise. L\u2019originalit\u00e9 de cette analyse se trouve dans la d\u00e9construction des discours dominants albanais fond\u00e9s essentiellement sur des concepts eurocentriques et auto-humiliants. De cette mani\u00e8re, le livre offre une interpr\u00e9tation alternative et postcoloniale de la r\u00e9alit\u00e9 albanaise, jusqu\u2019alors absente sous cette forme, de la litt\u00e9rature albanaise contemporaine. Azizaj Nivik ouvre ainsi avec&nbsp;<em>Terxhuman&nbsp;<\/em>un nouveau genre litt\u00e9raire albanais.<\/h4>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u201ctant que l\u2019albanie se positionne \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019est et \u00e0 l\u2019ouest [\u2026]\u201d<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans ce roman, le natif travaille pour un journaliste anglais de football, employ\u00e9 par le&nbsp;<em>Financial Times<\/em>&nbsp;de Londres. Dans les premi\u00e8res phrases du livre, le \u201cterxhuman\u201d pr\u00e9cise qu\u2019il \u201c[touchera] un bon salaire \u00e0 cette occasion, c\u2019est-\u00e0-dire en comparaison avec ce que l\u2019on gagne normalement en albanie\u201d. Ainsi, la mis\u00e8re \u00e9conomique pousse les non-occidentaux \u00e0 accepter de tr\u00e8s faibles salaires, certes \u201cd\u00e9cents\u201d pour un natif, mais ridiculement inf\u00e9rieurs aux standards occidentaux. En outre, le journaliste exploite le non-occidental en volant sa propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Car le \u201cterxhuman\u201d est en fait la pierre angulaire des recherches de terrain, \u00e9tape cruciale du processus d\u2019enqu\u00eate au cours de laquelle le journaliste d\u00e9pend enti\u00e8rement de son travail.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Il s\u2019agit d\u2019une continuit\u00e9 historique : le \u201cterxhuman\u201d, malgr\u00e9 son r\u00f4le, a \u00e9t\u00e9 une figure m\u00e9pris\u00e9e par le voyageur occidental et ce depuis les d\u00e9buts du colonialisme europ\u00e9en. Le chercheur&nbsp;<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/roman_0048-8593_1996_num_26_92_4275\" target=\"_blank\">Sarga Moussa<\/a>, cit\u00e9 dans le roman d\u2019Azizaj Nivik, soutient par ailleurs qu\u2019il existe un lien \u00e9l\u00e9mentaire entre le travail du \u201cterxhuman\u201d et la \u201cdiffusion de la pens\u00e9e coloniale euro-occidentale\u201d dominant \u00e9galement les discours politiques et culturels albanais. Le lecteur de&nbsp;<em>Terxhuman<\/em>&nbsp;d\u2019Azizaj Nivik apprend \u00e9galement que Gjergj Qiriazi, employ\u00e9 par l\u2019empire austro-hongrois, fut l\u2019un des plus importants \u201cterxhumans\u201d albanais du XIXe si\u00e8cle.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans la mani\u00e8re dont le journaliste traite le natif et inversement, on peut observer qui dispose du pouvoir, qui est le puissant. Cette relation peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une m\u00e9taphore de l\u2019absence de capacit\u00e9 politique d\u2019agir des Albanais vis-\u00e0-vis de l\u2019Occident.<\/h4>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u201c[\u2026] ni orient, ni ouest<\/strong>&nbsp;<strong>&nbsp;[\u2026]\u201d<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le \u201cterxhuman\u201d, le premier protagoniste du livre, ne parle presque jamais pendant le roman. Il est une figure passive. Il \u00e9coute, traduit et fait ici et l\u00e0 quelques observations. Mais le \u201cfixeur\u201d exprime ses critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du journaliste sous forme de remarques qu\u2019il ne formule en r\u00e9alit\u00e9 jamais. Elles restent enferm\u00e9es dans le monde de ses pens\u00e9es. Les critiques formul\u00e9es sont d\u2019ailleurs souvent insignifiantes, telles que la participation maladroite et d\u00e9cal\u00e9e du journaliste du&nbsp;<em>Financial Times&nbsp;<\/em>aux ovations des supporteurs de la s\u00e9lection albanaise alors qu\u2019elle vient de gagner un match contre la Gr\u00e8ce.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le journaliste anglais, deuxi\u00e8me protagoniste du&nbsp;<em>Terxhuman<\/em>&nbsp;d\u2019Azizaj Nivik, est une figure active. Il monopolise le discours. En terme de contenu, la contribution de l\u2019occidental ressemble \u00e0 une introduction aux sciences postcoloniales. Sur le rapport des Albanais avec l\u2019Occident, il explique : \u201cEn ce qui concerne l\u2019albanie, je ne suis tomb\u00e9 que sur des descriptions n\u00e9gatives, pour dire la v\u00e9rit\u00e9. Je me demande pourquoi les albanais se r\u00e9f\u00e8rent souvent \u00e0 des opinions occidentales suppos\u00e9ment positives \u00e0 leur sujet et par rapport \u00e0 l\u2019albanie.\u201d<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le journaliste est donc bien conscient du risque de \u201ctomber dans une situation ethno-touristique\u201d. Pour cette raison, il enseigne au \u201cterxhuman\u201d les sciences postcoloniales, mais il le fait en exploitant \u00e9conomiquement et intellectuellement un sujet colonis\u00e9, \u00e0 savoir le \u201cterxhuman\u201d. Par cons\u00e9quent, ses propos sont en contradiction flagrante avec ses actes. Le journaliste du&nbsp;<em>Financial Times&nbsp;<\/em>poursuit ce comportement contradictoire en cherchant des histoires \u201cexotiques\u201d sur l\u2019Albanie, qui ne font que reproduire les st\u00e9r\u00e9otypes occidentaux de l\u2019Albanais. Ainsi, m\u00eame s\u2019il pr\u00e9tend agir dans la lign\u00e9e de principes postcoloniaux \u00e9mancipateurs, le journaliste reste lui-m\u00eame un agent (n\u00e9o)colonial tombant dans les pi\u00e8ges qu\u2019il a pourtant identifi\u00e9s en th\u00e9orie.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans un aspect plus abstrait, avec la figure du journaliste du&nbsp;<em>Financial Times<\/em>, Idlir Azizaj Nivik rend tangible un ph\u00e9nom\u00e8ne pathologique de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie mondiale: l\u2019intellectuel occidental lib\u00e9ral de gauche, incarnant le \u201cprogr\u00e8s\u201d euro-atlantique et incapable de percevoir la continuit\u00e9 de ses actes avec ceux de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs coloniaux. Ses critiques des injustices mondiales perdent brusquement leur sens face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de ses actions. L\u2019auteur manie ainsi avec subtilit\u00e9 ce d\u00e9calage pour d\u00e9voiler ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/h4>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u201c[\u2026] \u00e0 la fois oriental en esprit, mais aussi occidental en d\u00e9sir [\u2026]\u201d<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le troisi\u00e8me protagoniste est le professeur \u201cautoproclam\u00e9 corrompu\u201d, licenci\u00e9 de son poste \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Tirana en raison de rumeurs qui le pr\u00e9sentent comme islamiste. Le professeur, aussi appel\u00e9 \u201c<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hadji\" target=\"_blank\">hadji<\/a>\u201d dans le roman, reste un personnage inoubliable apr\u00e8s la lecture de&nbsp;<em>Terxhuman<\/em>. Cette figure repr\u00e9sente un discours alternatif, mais censur\u00e9 dans les espaces albanais. Le professeur d\u00e9pouille le discours dominant albanais de son cadrage \u00e9pist\u00e9mologiquement occidental, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019arrogance occidentale vis-\u00e0-vis des Albanais, et pr\u00e9sente une analyse originale des probl\u00e8mes culturels et politiques en Albanie. D\u2019une certaine mani\u00e8re, le professeur illustre la th\u00e9orie postcoloniale de l\u2019anglais avec l\u2019exemple de l\u2019Albanie.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lorsque le journaliste interroge le professeur, avec l\u2019aide indispensable du \u201cterxhuman\u201d, le professeur s\u2019adresse davantage au \u201cterxhuman\u201d qu\u2019au journaliste. En effet, le journaliste est indiff\u00e9rent au professeur. La raison est simple : ce que le professeur a \u00e0 dire ne peut \u00eatre utilis\u00e9 pour des articles \u201cexotiques\u201d sur l\u2019Albanie. En m\u00eame temps, pour tous ceux qui souhaitent comprendre plus profond\u00e9ment l\u2019Albanie actuelle, les mots du professeur seront la partie la plus enrichissante de&nbsp;<em>Terxhuman<\/em>. Voici, une liste courte et non exhaustive des probl\u00e8mes abord\u00e9s :<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le professeur, ou le hadji, parle de \u201cnotre communisme d\u00e9nu\u00e9 de sens et catholiquement ath\u00e9e\u201d et \u201cdu nouvel homo albanicus t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, postcommuniste et cryptiquement capitaliste\u201d. Ses d\u00e9nominations sont plus tangibles que les termes couramment utilis\u00e9s pour caract\u00e9riser les p\u00e9riodes politiques albanaises r\u00e9centes, souvent r\u00e9sum\u00e9es dans les milieux universitaires \u00e0 l\u2019expression de \u201ctransformation politique et \u00e9conomique de l\u2019albanie\u201d.<\/h4>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u201c[\u2026] europ\u00e9ens dans les d\u00e9clarations, musulmans dans la majorit\u00e9 [\u2026]\u201d<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L\u2019exp\u00e9rience \u00e0 travers laquelle nous emm\u00e8ne le professeur rend d\u2019autant plus tangible et sensible le contenu de la critique. La litt\u00e9rature apporte ici une force dans l\u2019explication bien plus puissante que celle de la d\u00e9monstration par le travail de recherche acad\u00e9mique et donne du poids \u00e0 son discours. Par exemple, la lutte des classes du communisme albanais est caract\u00e9ris\u00e9e comme \u201cune invention constante, d\u00e9nu\u00e9e de sens, car les classes elles-m\u00eames n\u2019existaient pas [\u2026] en albanie, comme elles n\u2019y existent pas plus aujourd\u2019hui, car l\u2019albanie est un pays [sans-classes et d\u00e9class\u00e9]\u201d.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L\u2019Albanie d\u2019aujourd\u2019hui est d\u00e9crite comme une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est \u201cpas ouverte mais [une soci\u00e9t\u00e9 qui a en revanche ouvert ses jambes]\u201d. Il pointe ici le r\u00f4le cl\u00e9 que les organisations non-gouvernementales (ONG) jouent dans l\u2019espace albanais, notamment par les fonds qui constituent presque toujours la base de toute entreprise politique, \u00e9conomique ou artistique dans la r\u00e9gion. Dans cette cat\u00e9gorie figurent aussi les politiciens et intellectuels albanais, cr\u00e9ateurs du discours eurocentrique au niveau \u00e9pist\u00e9mique, que le professeur appelle les descendants \u201cdu communisme micro-bourgeois albanais\u201d, pour qui le probl\u00e8me principal se r\u00e9sume \u00e0 gagner un salaire \u201c[afin que les enfants aient suffisamment \u00e0 manger]\u201d. Pour cette raison, ils ont tous d\u00e9politis\u00e9 leur travail politique en acceptant tout ce que demande l\u2019h\u00e9g\u00e9monie mondiale.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le professeur donne une autre interpr\u00e9tation \u00e0 la \u201cfausse\u201d traduction de l\u2019adage de William Shakespeare par Fan Noli \u2013 \u201cto be, or not to be\u201d en \u201cvivre ou pas vivre\u201d, au sens o\u00f9 la vie non-occidentale n\u2019est pas un vivre mais un survivre. Prenant l\u2019exemple du cancer, on pourrait dire qu\u2019en cas de diagnostic de cette maladie, l\u2019occidental a de r\u00e9elles chances de survie, gr\u00e2ce au syst\u00e8me de sant\u00e9 fonctionnel, tandis que l\u2019absence d\u2019un tel syst\u00e8me entra\u00eene une peine de mort imm\u00e9diate pour le non-occidental en cas de diagnostic.<\/h4>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u201c[\u2026] capitaliste comme individu, et ex-communiste en tant que soci\u00e9t\u00e9 [\u2026]\u201d<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le \u201chadji\u201d, ou le professeur, d\u00e9construit le mythe de la d\u00e9mocratie en tant que syst\u00e8me gouvernemental universel en expliquant que \u201cen substance, nous sommes une population qui maintient la cause d\u2019honneur [\u2026] mais les d\u00e9mocraties chr\u00e9tiennes reposent sur la confiance et le service\u201d. Il utilise cette base th\u00e9orique pour expliquer la \u201ccorruption\u201d diff\u00e9remment :<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><em>\u201cLa particularit\u00e9 de la corruption albanaise, ou la corruption qui accompagne la particularit\u00e9 albanaise, est qu\u2019elle se situe toujours au niveau familial [\u2026], [le c\u00f4t\u00e9 institutionnel reste<\/em><em>&nbsp;\u00e0 l\u2019\u00e9cart du fil rouge que constitue l\u2019honneur et n\u2019englobe en fait pas la relation qui se noue dans la corruption avec l\u2019institution], \u00e0 l\u2019inverse de ce qui se joue dans la culture chr\u00e9tienne authentique\u201d.<\/em><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Si l\u2019on accepte le d\u00e9roulement du professeur, les critiques par rapport \u00e0 la \u201ccorruption\u201d et au \u201ccrime organis\u00e9\u201d, omnipr\u00e9sentes dans les discours de l\u2019Union Europ\u00e9enne, des ambassades occidentales et des ONGs semblent suspicieuses, peu constructives. Elles fonctionnent davantage comme des outils de domination ayant pour objectif de justifier le statu quo, reproduisant en l\u2019occurrence la mis\u00e8re sociale dans les espaces albanais, ce qui constitue en pratique la continuit\u00e9 la plus significative de l\u2019histoire albanaise moderne.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L\u2019originalit\u00e9 et l\u2019innovation dans le contenu du roman ne sont pas les seules raisons pour lesquelles le&nbsp;<em>Terxhuman<\/em>&nbsp;d\u2019Azizaj Nivik ouvre un nouveau genre dans la litt\u00e9rature albanaise. Un autre \u00e9l\u00e9ment majeur se joue au niveau linguistique. Tout au long de&nbsp;<em>Terxhuman<\/em>, Idlir Azizaj Nivik travaille la langue albanaise d\u2019une mani\u00e8re absolument novatrice en enfreignant un certain nombre de r\u00e8gles \u00e9l\u00e9mentaires de l\u2019albanais. Tous les noms sont par exemple \u00e9crits en lettres minuscules. De plus, les mots fr\u00e9quemment utilis\u00e9s dans la langue parl\u00e9e sont \u00e9crits selon l\u2019albanais vernaculaire (courant, parl\u00e9) et non l\u2019albanais standard.<\/h4>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u201cces pays \u00e0 l\u2019esprit oriental, comme l\u2019est l\u2019albanie\u201d<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">En violant ainsi les r\u00e8gles grammaticales, Azizaj Nivik r\u00e9alise deux choses compatibles avec les principes postcoloniaux. Premi\u00e8rement, il montre que la langue n\u2019est pas une tour d\u2019ivoire, mais qu\u2019elle \u00e9volue avec le temps, surtout chez les couches sociales populaires. Ainsi, la langue a int\u00e9gr\u00e9 au fil du temps (et int\u00e9grera) de nouveaux \u00e9l\u00e9ments qui l\u2019ont influenc\u00e9e \u00e0 long terme. Deuxi\u00e8mement, l\u2019\u00e9crivain se distingue de l\u2019\u00e9lite intellectuelle albanaise, la fantoche, de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie occidentale, qui n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent pris aucune mesure \u00e0 cet \u00e9gard et consid\u00e8re le langage populaire comme un \u00e9l\u00e9ment du \u201csous-d\u00e9veloppement\u201d albanais.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Avec&nbsp;<em>Terxhuman<\/em>, Idlir Azizaj Nivik brise \u00e9galement les conventions de l\u2019activit\u00e9 artistique qui participent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la reproduction du discours dominant \u2013 dans le cas albanais un discours auto-humiliant. Il faut souligner que pour cr\u00e9er un discours alternatif et en faire un usage artistique, le travail \u00e0 mener est maintes fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui d\u2019un artiste se contentant de reformuler les conceptions dominantes du monde sans les questionner, avant de les recracher \u00e0 l\u2019aide d\u2019\u0153uvres artistiques.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Jusqu\u2019ici, le discours postcolonial de la r\u00e9alit\u00e9 albanaise n\u2019a \u00e9t\u00e9 produit que par des travaux scientifiques que les \u00e9lites albanaises dominantes continuent \u00e0 ignorer. Trois exemples majeurs sont \u00e0 noter. Behar Sadriu a publi\u00e9\u00a0<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/abs\/10.1080\/00905992.2017.1292498\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">un article scientifique en 2016<\/mark><\/a><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">\u00a0<\/mark>dans lequel il avance que la guerre en Syrie est utilis\u00e9e par les \u00e9lites politiques albanaises pour promouvoir l\u2019id\u00e9e que les Albanais sont de \u2018bons\u2019 musulmans europ\u00e9ens. Piro Rexhepi, lui, analyse par un prisme postcolonial les soci\u00e9t\u00e9s les plus marginalis\u00e9es des Balkans : bosniaques, albanaises, roms. Une concr\u00e9tisation marquante de son travail est le film documentaire r\u00e9alis\u00e9 avec Ajkuna Tafa en 2017 <mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">\u201c<a href=\"https:\/\/queerasia.com\/qaff18-skopje-sarajevo-and-salonika-a-post-ottoman-trilogy\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Skopje, Sarajevo et Salonique \u2013 Une trilogie post-ottomane\u201d<\/a>.<\/mark> Enfin, Enis Sulstarova a publi\u00e9 en 2006 son livre <mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">\u201c<a href=\"http:\/\/ajp.globic.us\/archives\/2006\/pula_ajp21.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">La fuite de l\u2019Orient : l\u2019orientalisme albanais de Naim [Frash\u00ebri] \u00e0 Kadare\u201d<\/a><\/mark>, une \u0153uvre monumentale de la pens\u00e9e albanaise postcoloniale.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le plus grand m\u00e9rite du roman&nbsp;<em>Terxhuman&nbsp;<\/em>d\u2019Azizaj Nivik est de contribuer \u00e0 cette pens\u00e9e critique au moyen de la litt\u00e9rature, tout en l\u2019inscrivant subtilement dans le domaine de l\u2019art. En outre, Idlir Azizaj Nivik a v\u00e9ritablement cr\u00e9\u00e9 un nouveau vocabulaire ainsi qu\u2019un univers tant s\u00e9mantique que symbolique, illustr\u00e9 par l\u2019expression \u201cces pays \u00e0 l\u2019esprit oriental, comme l\u2019est l\u2019albanie\u201d, et qui permettra de propager davantage, selon d\u2019autres formes et d\u2019autres moyens, le postcolonialisme albanais.<\/h4>\n\n\n\n<p>_______________________<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><em>Version originale du texte publi\u00e9e dans la revue culturelle albanaise&nbsp;<u><a href=\"https:\/\/peizazhe.com\/2018\/11\/19\/temat-postkoloniale-tek-terxhumani-i-idlir-azizit\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Peizazhe t\u00eb fjal\u00ebs<\/a><\/u>&nbsp;le 19 novembre 2018. Traduit de l\u2019albanais en fran\u00e7ais par l\u2019auteur lui-m\u00eame. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/em><\/h6>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 le 05.12.2018 &#8211; 14:05 dans Albanie Arts &amp; Litt\u00e9rature par Adem Ferizaj Terxhuman \u2013 En puisant dans la pens\u00e9e postcoloniale, auparavant absente de la litt\u00e9rature albanaise, Idlir Azizaj Nivik, &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-515","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/logbook.al\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/515","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/logbook.al\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/logbook.al\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logbook.al\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logbook.al\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=515"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/logbook.al\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/515\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1020,"href":"https:\/\/logbook.al\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/515\/revisions\/1020"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/logbook.al\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=515"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}